• De Pierre de Marbeuf 

     

     

    Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
    Et la mer est amère, et l'amour est amer,
    L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
    Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

    Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
    Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
    Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
    Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

    La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
    Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau
    Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

    Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
    Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
    Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

     

     

     

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  • Un joli poème de Louis Aragon sur Brocéliande :

    D'UNE FORET QUI RESSEMBLE
    À S'Y MÉPRENDRE
    À LA MÉMOIRE DES HÉROS

    ...

    Rien ne finit jamais comme on voit dans les livres
    Une mort un bonheur après quoi tout est dit
    Le paladin jamais la belle ne délivre

    Et du dernier baiser renaît la tragédie
    L'homme a le souffle court et pour peu qu'on le berce
    Le dimanche l'endort que c'est déjà lundi

    La vie est une avoine et le vent la traverse
    Sans y trouver jamais un accord résolu
    Si l'histoire y poursuit comme les rimes tierces

    L'irréversible amour des jours qui ne sont plus
    Tout semble suffisant à l'étrange commère
    Pour enchaîner sur le beau temps quand il a plu

    Ou quand les amoureux enfin se désaimèrent
    Au doigt d'autres enfants pour repasser l'anneau
    Que pas un seul moment ne chôment les chimères

    Elle transmet sans plus l'alphabet des signaux
    Qui dicte à l'avenir une phrase secrète
    Comme au ciel sans savoir fait un vol de vanneaux

    Un passant dans la rue un second qui l'arrête
    Avec le geste appris que la coutume veut
    Il touche son chapeau montre sa cigarette

    Et le rite accompli s'éloigne avec le feu
    Que savent-ils de l'autre Un souffle Une étincelle
    L'homme change mais pas la flamme et pas le jeu

    La légendaire nuit ces étoiles l'ocellent
    Qui chantait l'air tantôt que vous fredonnerez
    La fugue le reprend du bugle au violoncelle

    Et le monde est pareil à l'ancienne forêt
    Cette tapisserie à verdures banales
    Où dorment la licorne et le chardonneret

    Rien n'y palpite plus des vieilles saturnales
    Ni la mare de lune où les lutins dansaient
    Inutile aujourd'hui de lire le journal

    Vous n'y trouverez pas les mystères français
    La fée a fui sans doute au fond de la fontaine
    Et la fleur se fana qui chut de son corset

    Les velours ont cédé le pas aux tiretaines
    Le vin de violette est pour d'autres grisant
    Les rêves de chez nous sont mis en quarantaine

    Mais le bel autrefois habite le présent
    Le chèvrefeuille naît du cśur des sépultures
    Et l'herbe se souvient au soir des vers luisants

    Ma mémoire est un chant sans appogiatures
    Un manège qui tourne avec ses chevaliers
    Et le refrain qu'il moud vient du cycle d'Arthur

    Les pétales du temps tombent sur les haliers
    D'où soudain de ses bois écartant les ramures
    Sort le cerf que César orna de son collier

    L'hermine s'y promène où la source murmure
    Et s'arrête écoutant des reines chuchoter
    Aux genoux des géants que leurs grands yeux émurent

    Chênes verts souvenirs des belles enchantées
    Brocéliande abri célèbre des bouvreuils
    C'est toi forêt plus belle q’est ombre d'été

    Comme je ne sais où dit Arnaud de Mareuil
    Broussaille imaginaire où l'homme s'égara
    Et la lumière est rousse où bondit l'écureuil  


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  • Il pleure dans mon cœur 
    Comme il pleut sur la ville ; 
    Quelle est cette langueur 
    Qui pénètre mon cœur ?

    Ô bruit doux de la pluie 
    Par terre et sur les toits ! 
    Pour un cœur qui s'ennuie, 
    Ô le chant de la pluie !

    Il pleure sans raison 
    Dans ce cœur qui s'écœure. 
    Quoi ! nulle trahison ?... 
    Ce deuil est sans raison.

    C'est bien la pire peine 
    De ne savoir pourquoi 
    Sans amour et sans haine 
    Mon cœur a tant de peine !



    Paul Verlaine.  


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